Aux jardins d'automne                                                 Vireli, virela, vire l'eau
La gardienne de troupeaux Rhône, viens à nous
Le printemps Le Rhône à Finges
Ballet de la forge La machine
Le Rhône danse Le verger
Le chant de l'exilé La cave
  L'automne

Aux jardins d'automne                                            

Aux jardins
D’automne
Voici tomber le jour.
Pour son déclin l’amour
Chantonne ses refrains.

À l’horizon
Frissonne
L’étoile du berger
Pourquoi ne pas s’aimer
Mignonne
Pourquoi donc ?

Le raisin
Bouillonne
À l’ombre du cellier
Pour les grains oubliés
L’on donne
Trois baisers.

Allons chercher
L’automne
Sous les pommiers penchés
Que chacun dans le pré
S’en donne
À danser.

La gardienne de troupeaux

Dans la prairie
Fleurie
J’allais gardant joli troupeau
Entre les aulnes
Du Rhône,
J’allais suivant les cours de l’eau.
Cette eau chantait
Tendre chanson
Qui me disait
« Plais aux garçons ».
Dans ma folie
Ravie
Me suis penchée au bord de l’eau
« Tu es jolie
Ma mie »
Chantait un instant le ruisseau,
Mais se glissant
Tel un furet
En se cachant
Comme il riait !

Le printemps

Voici le printemps
Sémillant et fringant
Qui est là,
Figurant
Sur terre
Un instant
De précaire
Bon temps.

Son amie est la brise légère
Qui incline
La branche
Où se penche l’amour.
Son plaisir est la fleur passagère
Où butine,
S’épanche
Et badine
L’amour.

Les vergers ont fleuri leurs corolles
Un dimanche
Où somnolent
De très blanches
Amours.
Pour s’aimer l’existence
Est trop brève.
Elle appelle sur elle
D’éternelles
Amours.

Voici le printemps
Subjugué,
Dégrisé,
Qui s’en va
Galamment.
Il s’en va
Faisant place
À l’été.
Il s’efface
En chantant.

Ballet de la forge

Trempons
Dans la braise
Ardente
L’acier clair
De la pioche,
De la bêche
Et du sarcloir.
Battons
Le fer rougi.
Battons
En cadence
Le fer qui gémit.
Forgeons
Dans la fournaise
Rougeoyante,
Forgeons
Le soc
Des charrues,
Les couteaux
Et le versoir.
Battons le fer,
Le fer rougi.
Battons
En cadence
Le fer qui gémit.

L’escarbille
Grésille
Dans l’air.
L’éclair
De l’étincelle
Jaillit
Comme une parcelle
D’étoile.

Battons
Le fer rougi,
Donnons
Au pourtour
Imprécis
De l’incandescence
La forme et la plaisance
De l’outil.

Le Rhône danse

Au soir de ce dimanche
D’une enfance,
Le Rhône danse
Des mazurkas
En patois.

Les naïades épanchent
Leur jouvence
En contredanse
De polkas
À deux pas.

Sous les branches
Qui se penchent
La forêt
Tremble et frémit.

Les collines
Dodelinent
Leurs genêts
Et leurs buis.
Tout le pays
S’esclaffe à rire,
N’est qu’un délire.
Tout le pays
Tombe en enfance,
Marche en cadence,
Car le Rhône
Danse,
Le Rhône
Chante,
Le Rhône
Sourit.

Le chant de l'exilé

J’entends au lointain
Sonner un appel
Comme un cri fraternel
C’est comme un écho
Montant du passé
Douloureux et blessé.

Serait-ce le cri heurté du torrent
Où jouaient mes dix ans,
Serait-ce le chant venant de ces bois
Où j’allais autrefois ?

Ces voix tintent dans mon cœur
Comme plainte de douleur
C’est la peine d’un absent
L’âme pleine de tourment.

Je sens le pays
S’éveiller en moi
J’entends sa voix m’appeler vers lui
Pays de mon enfance
Ton nom seul fait surgir
La résonance d’un pur souvenir.

C’est les foins odorants
Du printemps
Le soleil éclatant de juillet
Les sommets élancés vers le ciel
Les glaciers suspendus aux rochers
Puis au milieu très solennel
Le toit paternel
J’entends la voix
De la terre familière.

Dans mon cœur désolé
Le pays s’est mis à chanter
J’entends sonner
Les clochers de mon pays
Je viens à toi
Sol aimé du Valais.

Vireli, virela, vire l'eau

Entendez-vous
Dans le torrent
Tous les remous
Qui vont dansant ?

Entendez-vous
Dans le courant
Tous les cailloux
Qui vont chantant ?

C’est la pierre qui vire,
Vireli, virela, vire l’eau
C’est la pierre qui vire
Qui vire au fil de l’eau.

Elle fait un creux
En tournoyant
Et s’use un peu
Chaque mille ans
Elle a le temps
L’éternité
Chemin faisant
Pour s’amuser.

C’est la pierre qui vire
Vireli, virela, vire l’eau
C’est la pierre qui vire
Qui vire au fil de l’eau.

Rhône, viens à nous

Rhône, viens à nous
Comme l’époux
Vers l’épouse.
Notre âme est jalouse
Viens à nous.
Ta route est cette arche
Inclinant des rameaux
Sur le bord de tes eaux.
L’allée où tu marches
Est du sable fin
Criblé de nos mains.
Voici la tonnelle
Au fond du jardin
Comme un lieu clandestin
Où l’ombre appareille
Un magique vaisseau
Pour bercer ton repos.

Rhône, viens à nous
Comme un époux
Vers l’épouse.
Notre âme est jalouse,
Viens à nous.

Le Rhône à Finges

Avec ses fûts
Et ses racines,
Ses troncs branchus
Pleins de résine,
La forêt lésine
Sur l’espace de ton chemin.
Conduis ailleurs ton destin,
Résigne-toi,
De l’un à l’autre
Des obstacles,
À cheminer
Du pied de la montagne
À celui des collines
Qui sont des pinacles
Au mirage
Des vignes.

Ton domaine
Est désormais
Cette plaine
De marais
Et de gouilles
Où les crapauds
Et les grenouilles
Se font des pipeaux
Avec des quenouilles
De roseaux.
Au rythme alangui
De la rauque musique
Scandée par le tam-tam des pics
Faméliques,
Tu vas combler
Les fossés
Du limon arraché
Aux rochers.

La machine

La machine,
Au poids de l’eau,
Ploie l’échine
Sous le fardeau.
Hoo ! Hoo !

L’inertie
Devient énergie
Et force.
L’homme s’efforce
De suivre le rythme
La cadence
Et le mouvement
Qu’imprime
Sur ses instruments
La violence
Des éléments.

Les hommes s’attellent
Hoo ! Hoo !
Comme des chevaux
Aux manivelles
Puis aux bielles
Qui vont au galop !
Hoo ! Hoo !

Le verger

Dans le sommeil
Du matin,
Repose-toi,
Verger vermeil.
Mais je vois
Déjà
Cligner
Ta paupière
De satin
Et s’ébrouer
Ton visage
De velours.

Car l’éveil
Du jour
Dans les branchages
Fait une clairière
Sur ta robe
D’atour.

Les dernières
Ombres
Se dérobent
Dans l’entrelac
Des rameaux
Sombres
De l’enclos.

La cave

Vive tous les vins
Des vignes…
Ces fils du soleil.
Il en est
D’insignes,
Il en est
De pareils
Aux doux rayons
De miel.
Vive les vins
Sans fard
Ni fond de teint.
Vive les crus
Des plus fins
Jusqu’aux plus criards
Qui mènent
Sur terre
Bon train.

L'automne

Les vignes vendangées,
L’automne descend
Des collines
Vers le Rhône frileux
Qui s’étire
Sur son lit bleu.
Glissant
Sur la gelée
Qui frange de givre
L’herbe jaunie
Des vergers,
Il se réfugie
Sous les voûtes
Des caves paysannes.
Il écoute
Des gammes
De vins dorés
Clamer l’épithalame
De l’été
Sur un clavier
De tines.
Sa présence
Confère une douceur
Féminine
À la pénombre
Des celliers,
Quand les ombres
Expriment
En mouvements
Bachiques
Les gestes lents
Des vignerons parlant
Des millésimes.
À travers le vin loyal
Des vignes,
Des chansons
Vigneronnes
Festonnent
Le silence
D’un soir dominical.



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